Mister IAL'Observatoire
La lettre · N° 8

Moins de salariés, plus de revenus

Dimanche 1er novembre 2026 · 7 minutes de lecture

Depuis 2023, Microsoft, Meta et Alphabet vendent un quart de plus par salarié. Dans le SBF 120, six sociétés prennent le même chemin, deux fois moins vite. Et aussi cette semaine : moins de 3 Américains sur 100 paient pour une IA, surtout des actifs aisés ; avec 48 % d'utilisateurs chaque semaine, la France fait presque jeu égal avec les États-Unis ; 61 % des étudiants américains se font expliquer une notion difficile par l'IA ; et savez-vous retrouver ce que font vos agents d'IA ?

01 · États-Unis · France

Plus de chiffre d'affaires sans plus de salariés : les big tech loin devant, six sociétés du SBF 120 en route

Depuis l'arrivée de l'IA générative, les géants américains de la tech vendent beaucoup plus avec à peine plus de salariés. Un graphique de John Burn-Murdoch, dans le Financial Times, l'a montré : chez Meta, Microsoft, Alphabet ou Spotify, la courbe du chiffre d'affaires s'est détachée de celle des effectifs. Entre 2023, première année pleine de l'IA générative, et 2025, Meta a augmenté son chiffre d'affaires de 49 % et ses effectifs de 17 % ; Microsoft, de 33 % et de 3 %. Chaque salarié rapporte un quart de plus qu'il y a deux ans.

Ailleurs, l'écart reste faible, même aux États-Unis. Chez Accenture, Deloitte ou Visa, le chiffre d'affaires et les effectifs avancent presque au même pas. Le découplage se concentre là où travaillent beaucoup de développeurs, dont le métier a basculé le premier.

Et en France ? Nous avons fait le calcul pour les 120 sociétés du SBF 120, dont 67 se comparent entre 2023 et 2025. Pour la société médiane : +5 % de chiffre d'affaires et +3 % d'effectifs, donc pas de découplage. Six sociétés sortent pourtant du lot, avec au moins 10 % de chiffre d'affaires en plus et des effectifs presque stables : Thales, Ipsen, BNP Paribas, Crédit Agricole SA, JCDecaux et Bureau Veritas. Leur chiffre d'affaires par salarié progresse de 7 à 15 %, environ deux fois moins vite que chez les géants américains.

L'IA n'explique pas tout : Thales profite de la hausse des budgets de défense, Ipsen des ventes de ses médicaments. Mais BNP Paribas et Crédit Agricole SA présentent clairement l'IA comme une source de productivité. À l'inverse, ceux qui vendent du temps humain, comme Capgemini ou Sopra Steria, ont un chiffre d'affaires à l'arrêt depuis 2023. Le détail, entreprise par entreprise, est dans notre analyse complète.

Évolution du chiffre d'affaires par salarié entre 2023 et 2025 : Microsoft +29 %, Meta +27 %, Alphabet +25 % ; Thales +15 %, Ipsen +13 %, BNP Paribas +13 %, JCDecaux +10 %, Bureau Veritas +9 %, Crédit Agricole SA +7 % ; SBF 120 médian +3 %

Sources : Vincent Pavanello, « Augmenter ses revenus sans augmenter son nombre de salariés, un privilège des big tech ? », Les analyses de l'Observatoire, 1er novembre 2026 ; 67 sociétés comparables du SBF 120, documents d'enregistrement et communiqués 2023 à 2025, calculs Observatoire Mister IA. · stockanalysis.com, d'après les rapports annuels de Microsoft, Alphabet et Meta, exercices 2023 à 2025 (Microsoft : exercices clos fin juin) ; graphique de John Burn-Murdoch, Financial Times. Chiffres publiés. Fiabilité A-.

02 · États-Unis

Qui paie pour l'IA ? Moins de 3 Américains sur 100, plutôt aisés et de moins de 55 ans

On sait combien de gens utilisent l'IA. On sait beaucoup moins qui paie pour elle. Quatre économistes ont épluché les relevés de cartes bancaires de 174 millions de consommateurs américains, soit 114 milliards de transactions, pour repérer les paiements à OpenAI, Anthropic, Google et xAI. Résultat : en avril 2026, 2,9 % des consommateurs payaient au moins un abonnement à une grande IA générative, soit plus de 6 millions d'Américains. Presque tous prennent la formule de base, à 30 dollars par mois ou moins.

Le profil des payeurs est net. Ceux qui gagnent plus de 200 000 dollars par an sont 1,7 fois plus nombreux à payer que ceux qui gagnent moins de 50 000 dollars. Les moins de 55 ans paient presque deux fois plus que les plus âgés, mais les moins de 35 ans pas plus que les 35-54 ans : ce sont surtout des actifs qui paient. Les quartiers les plus diplômés paient deux fois plus que les moins diplômés, et l'usage culmine sur les côtes, jusqu'à 38 % dans le code postal du campus de la Harvard Business School. Les relevés bancaires ne disent rien du sexe des payeurs.

Surtout, ces clients sont volages. Au bout d'un an, 45 % des nouveaux abonnés d'OpenAI paient encore, 30 % chez Anthropic, contre environ 70 % pour Netflix ou Spotify. Les passages d'un fournisseur à l'autre augmentent à chaque sortie d'un nouveau modèle, et le cumul de plusieurs abonnements recule : en juin 2024, 44 % des abonnés d'Anthropic payaient aussi OpenAI, contre 28 % en avril 2026.

OpenAI reste loin devant : 2,4 % des consommateurs paient un de ses produits, contre 0,5 % pour Anthropic, qui a tout de même triplé son nombre de payeurs entre janvier et avril 2026. Pour les auteurs, les particuliers voient de moins en moins de différence entre les IA : sans écart de qualité plus net, la concurrence pèsera sur les prix. C'est un document de travail, pas encore relu par d'autres chercheurs.

Part des consommateurs américains qui paient une IA générative en avril 2026. Par revenu annuel : moins de 50 000 dollars 2,3 %, 50 000 à 100 000 dollars 2,5 %, 100 000 à 200 000 dollars 2,7 %, plus de 200 000 dollars 4,0 %. Par âge : moins de 35 ans 3,4 %, 35-54 ans 3,5 %, 55-64 ans 2,8 %, 65 ans et plus 1,9 %

Source : M. Egan, D. Russel, C. Shi et V. Yao, « Competition in Generative AI: Evidence from Consumer Demand », NBER w35953, octobre 2026 ; paiements par carte de crédit et de débit de 174 millions de consommateurs américains (114 milliards de transactions), janvier 2021-avril 2026, hors comptes gratuits et entreprises ; taux par âge et par revenu lus sur la figure 3 (à 0,1 point près). Document de travail non relu. Données mesurées. Fiabilité B+.

Le chiffre de la semaine
61%

61 % des étudiants américains utilisent l'IA pour se faire expliquer une notion difficile, selon l'enquête de l'université de Dartmouth auprès de 1 003 étudiants interrogés en septembre 2026. C'est l'usage numéro un, loin devant la triche : 8 % seulement copient-collent un texte de l'IA presque sans retouche, même s'ils pensent que la moitié de leurs camarades le font. On peut faire un pari : avec un professeur particulier de bon niveau, patient et disponible à toute heure, cette génération pourrait monter en compétences bien plus vite que les précédentes. 79 % ont d'ailleurs appris seuls à s'en servir.

Source : Dartmouth College, « Dartmouth Survey Reveals What Students Think About AI » (Dartmouth AI Survey 2026, B. Sacerdote et M. Parris-Bacon), 30 octobre 2026 ; 1 003 étudiants américains, panel College Pulse pondéré, 10-23 septembre 2026, plus 1 500 étudiants de Dartmouth. Déclaratif. Fiabilité B.
03 · 9 pays

Non, la France n'est pas à la traîne : 48 % d'utilisateurs chaque semaine, presque autant qu'aux États-Unis

On a tendance à penser que la France est en retard sur l'IA. Les chiffres disent autre chose. Le Reuters Institute de l'université d'Oxford a fait interroger par YouGov environ 2 000 personnes dans chacun de neuf pays, du 14 août au 28 septembre 2026. En France, 48 % des adultes utilisent désormais une IA générative chaque semaine : presque autant qu'aux États-Unis (49 %), et nettement plus qu'au Royaume-Uni (42 %), dernier du classement.

Surtout, la France rattrape vite : 16 % en 2024, 27 % en 2025, 48 % en 2026, soit 21 points en un an, contre 13 aux États-Unis. Ce n'est pas la première mesure qui va dans ce sens. Microsoft, qui suit l'usage à partir des données de ses appareils, classait la France 5e mondiale au premier trimestre 2026, avec 47,8 % des 15-64 ans, loin devant les États-Unis, 21es avec 31,3 % ; au deuxième trimestre, la France est passée 4e (49,6 %).

Autre enseignement : l'usage ne suit pas seulement la richesse. Le pays où l'on s'en sert le plus n'est ni la Norvège ni les États-Unis, mais l'Argentine : 68 % des adultes chaque semaine, 17 points de plus qu'en 2025. Dans notre N°3, Gallup classait déjà les Américains 14es sur 37 pays pour l'usage quotidien, derrière la Chine ou le Kazakhstan.

Précaution : c'est un panel en ligne, déclaratif, qui mêle usages personnels et professionnels. Le retard français, s'il existe, est plutôt du côté des entreprises : en 2025, 18 % des entreprises françaises de 10 salariés et plus utilisaient l'IA, contre 42 % au Danemark (OCDE, cité dans notre N°6).

Part des adultes qui utilisent une IA générative chaque semaine en 2026 : Argentine 68 %, Norvège 57 %, Danemark 51 %, Australie 51 %, États-Unis 49 %, France 48 %, Finlande 48 %, Japon 46 %, Royaume-Uni 42 %

Sources : Reuters Institute (université d'Oxford), F. Simon, R. K. Nielsen et R. Fletcher, « Generative AI and News Report 2026 », 29 octobre 2026 ; YouGov, panel en ligne, environ 2 000 personnes par pays dans 9 pays, 14 août-28 septembre 2026 ; tendances 2024-2026 pour 6 pays. Déclaratif. Fiabilité B+. · Microsoft AI Economy Institute, Global AI Diffusion Report, premier trimestre 2026 (mai 2026) et deuxième trimestre 2026 (21 septembre 2026) ; part des 15-64 ans qui utilisent une IA générative, d'après les données d'usage de Microsoft, redressées. Fiabilité B.

La question sécurité de la semaine

Nos agents d'IA agissent dans nos outils : saurait-on retrouver ce qu'ils ont fait ?

Pas toujours, et c'est ce qui sépare les entreprises avancées des autres. Des chercheurs de la Harvard Business School, avec Microsoft et le cabinet Keystone, ont interrogé de juin à septembre 2026 les responsables de l'IA de 202 entreprises américaines de plus de 1 000 salariés, toutes utilisatrices. Dans le quart le plus avancé, 76 % ont un registre consultable de l'activité de leurs agents ; dans le quart le moins avancé, 8 %. Seules 6 entreprises sur 202 (3 %) cumulent les quatre pratiques étudiées : un inventaire des agents tenu à jour automatiquement, des tests relancés quand un agent se trompe en production, la réutilisation des erreurs passées et le choix du modèle selon la tâche.

Sans registre, impossible de savoir quel agent a envoyé un email, modifié un fichier ou consulté une donnée sensible, ni de corriger une erreur à sa source. Les entreprises les plus avancées ont aussi vu leur marge opérationnelle progresser de 5,8 points entre 2022 et 2025, contre 0,4 pour les moins avancées. C'est une corrélation, pas une preuve, et l'étude est financée en partie par Microsoft.

Le geste à faire
Tenir la liste de vos agents d'IA (qui les a créés, à quels outils et données ils accèdent, qui en répond) et vérifier que leur activité est enregistrée dans un journal que la DSI peut consulter.

Source : Microsoft, « The AI advantage your company can keep », sur le document de travail HBS 27-038 (Sarkar, Abudurexiti, Beltinger, Daubenspeck et Iansiti), « Organizing AI at Enterprise Scale », 27 octobre 2026 ; 202 entreprises américaines de plus de 1 000 salariés, entretiens de juin à septembre 2026 ; étude financée en partie par Microsoft et Keystone ; document de travail non lu, chiffres du billet de Microsoft. Déclaratif. Fiabilité B-.

À retenir cette semaine
  1. 01Depuis 2023, les géants américains de la tech vendent un quart de plus par salarié. Dans le SBF 120, six sociétés seulement prennent le même chemin, deux fois moins vite.
  2. 02Moins de 3 Américains sur 100 paient pour une IA, plus souvent aisés et de moins de 55 ans, et ils changent facilement de fournisseur.
  3. 03La France n'est pas à la traîne : 48 % des adultes utilisent l'IA chaque semaine, presque autant qu'aux États-Unis (49 %), et 21 points de plus en un an.
  4. ?76 % des entreprises les plus avancées savent retrouver ce que font leurs agents d'IA, contre 8 % des moins avancées.