Automatiser, augmenter mais aussi élargir
On parle beaucoup d'automatiser des tâches et d'augmenter les salariés. Une expérience allemande montre un troisième effet : avec l'IA, des apprentis réussissent des tâches au-delà de leur formation. Et aussi cette semaine : la moitié des messages Slack viennent d'applications et d'agents ; 50 % des Français utilisent l'IA pour leur santé ; 86 % des avocats français ont un outil d'IA, mais 3 % au plus le laissent travailler seul ; et Claude cache-t-il votre numéro de carte à son modèle ?
Avec l'IA, des apprentis informaticiens réussissent des tâches de jeunes ingénieurs
On décrit souvent l'IA de deux façons : elle automatise des tâches, ou elle augmente les salariés, qui font la même chose plus vite. Une expérience allemande montre un troisième effet : elle élargit ce que l'on sait faire. Des économistes de l'ifo, de Stanford et de l'Institut fédéral de la formation professionnelle ont réuni 673 apprentis informaticiens en dernière année, dans douze écoles de six Länder. Tirés au sort, les uns avaient ChatGPT, les autres travaillaient sans internet, comme à l'examen.
Chacun a traité trois exercices de 20 minutes : un du programme de l'examen final, deux volontairement au-delà, au niveau d'un premier poste d'ingénieur, qui demande d'ordinaire un diplôme universitaire. Sur ces tâches hors programme, l'IA fait gagner 26 à 31 points de réussite. Le cas le plus net : un exercice d'apprentissage automatique, que 3 % seulement des apprentis jugent lié à leur formation. Sans IA, ils obtiennent 4 % des points ; avec ChatGPT, 58 %.
Ce gain ne se fait pas au détriment de la compréhension : interrogés juste après, sans IA, ceux qui l'avaient utilisée répondent mieux, de 4 à 10 points. Et ceux qui maîtrisaient déjà l'IA en tirent davantage.
Pour une entreprise, la conséquence est concrète : avec l'IA, un technicien peut prendre une partie du travail confié jusqu'ici à un ingénieur, s'il a appris à s'en servir et si quelqu'un vérifie. Précaution : ce sont des exercices courts en classe, pas un vrai poste, et un document de travail pas encore relu.

Source : H. Brosch, C. Langer, P. Lergetporer, S. Mueller, H. Pfeifer et N. Tschoepe, « Task Expansion with Generative AI: Experimental Evidence on Middle-Skilled, Early-Career Workers », CESifo Working Paper 13045, octobre 2026 ; expérience randomisée préenregistrée, 673 apprentis informaticiens en dernière année, 12 écoles professionnelles, 6 Länder, octobre 2025-janvier 2026 ; ChatGPT Pro contre aucun accès à internet ; exercices de 20 minutes notés par barème ; « avec ChatGPT » = moyenne sans IA + effet estimé (tableau A.4). Document de travail non relu. Mesuré. Fiabilité B+.
Qui écrit encore dans Slack ? La moitié des messages viennent d'applications et d'agents
Salesforce, propriétaire de Slack, a publié le 3 novembre une mesure inédite : 50 % des messages envoyés dans Slack viennent désormais d'applications et d'agents, et non d'humains, sur environ un milliard de messages par jour. Attention, « applications » recouvre aussi les notifications classiques, comme un ticket créé ou un paiement reçu. Et Salesforce ne donne ni sa méthode ni de point de comparaison avec l'an dernier.
La part des agents grandit vite, pourtant. Les actions qu'ils déclenchent depuis Slack pour lire ou modifier des données dans d'autres outils (les appels d'outils MCP) atteignent 127 millions par semaine et doublent chaque trimestre. Chez Anthropic, 65 % des modifications de code passent par Slack ; chez Salesforce, 83 % des salariés utilisent l'assistant Slackbot chaque semaine.
C'est un usage très présent chez Mister IA aussi, et nous en avons fait un indicateur de pilotage. Nous suivons la part des messages Slack écrits par un agent, et la part des tâches de notre CRM, HubSpot, créées par un agent d'IA plutôt que par un salarié. Ces chiffres disent mieux qu'un nombre de licences jusqu'où le travail a réellement changé.
Ce type de mesure va devenir un indicateur à suivre dans les entreprises : il se calcule à partir des journaux de Slack, de Teams ou du CRM, sans enquête. Reste à séparer les simples notifications des messages vraiment rédigés par un agent, sinon le chiffre flatte.

Source : Salesforce, « Slack stats » (page de chiffres clés de Slack), 3 novembre 2026 ; données d'usage de la plateforme, période et méthode non publiées ; « applications et agents » inclut les intégrations classiques ; chiffres publiés par l'éditeur. Fiabilité B-.
50 % des Français utilisent l'IA pour leur santé, 5 points de plus qu'il y a un an, selon le 2e Baromètre Data & IA en santé (Acsel et Toluna, 1 029 Français interrogés en juillet 2026). Le mot « IA » est pris au sens large : 29 % seulement des Français utilisent un outil d'IA générative comme ChatGPT, Claude ou Mistral. Les soignants suivent le mouvement : 91 % utilisent l'IA, et 43 % chaque jour, contre 32 % il y a un an. Mais la relation change : 38 % ont déjà vu un patient contester leur diagnostic après un échange avec l'IA, et 83 % des Français veulent savoir si leur praticien s'en sert.
De plus en plus d'IA chez les avocats, mais presque jamais en pilote automatique
Les avocats français se sont équipés vite. Selon le premier baromètre des usages de l'IA du Conseil national des barreaux, mené par OpinionWay auprès de 2 281 avocats en septembre, 86 % ont au moins un outil d'IA au cabinet. 92 % s'en servent pour faire le point sur l'état du droit, et le gain de temps est le premier bénéfice cité (84 %).
Mais ils gardent la main. 58 % délèguent au moins une tâche à l'IA, surtout pour obtenir un premier jet qu'ils relisent et retravaillent. La délégation totalement autonome, où l'IA fait seule le travail, ne dépasse jamais 3 %. Le risque d'erreur, le RGPD et le secret professionnel restent les premières inquiétudes.
Les directions juridiques d'entreprise vont plus loin dans l'organisation du travail. Selon l'enquête 2026 de l'Association of Corporate Counsel, près de 90 % des équipes juridiques européennes utilisent l'IA pour des tâches courantes, et 31 % réaffectent leurs juniors à des missions de conseil et de jugement, à mesure que l'IA prend le travail répétitif. 30 % font même contrôler par l'IA les factures de leurs cabinets d'avocats.
C'est là que se joue l'élargissement : le junior aborde plus tôt le travail du senior. Encore faut-il suivre ce qu'il sait faire : 43 % de ces équipes n'évaluent pas les compétences en IA de leurs juristes. Précaution : ce sont des enquêtes déclaratives, et le volet européen de l'ACC n'est connu que par son communiqué.

Sources : Conseil national des barreaux (Observatoire de la profession) et OpinionWay, « Baromètre des usages de l'IA dans la profession d'avocat », 1re édition, 6 novembre 2026 ; 2 281 avocats, septembre 2026 ; mode de recueil et redressement non précisés sur la page. Déclaratif. Fiabilité B. · Association of Corporate Counsel, « 2026 Generative AI Survey », volet Europe (communiqué), 3 novembre 2026 ; directions juridiques d'entreprise ; effectif européen non publié (576 répondants dans le monde, selon The Indiana Lawyer). Déclaratif. Fiabilité B-.
Claude repère-t-il mes données sensibles pour ne pas les envoyer à son modèle ?
Pas dans une conversation ordinaire : tout ce que vous tapez ou déposez dans Claude est transmis au modèle, numéro de carte compris. L'idée vient de Claude Duet, l'agent personnel qu'Anthropic teste depuis le 21 octobre aux États-Unis, sur liste d'attente, et qui agit seul dans un navigateur à distance : il lit vos emails, répond, réserve. Pour lui, Anthropic a prévu des protections. Les mots de passe ne passent jamais par le modèle : saisis dans un formulaire à part, chiffrés, ils vont directement au navigateur. Les achats se font avec une carte virtuelle à usage unique, limitée à un marchand et à un montant : votre vrai numéro n'est communiqué ni à l'agent ni au marchand.
Enfin, un classifieur distinct du modèle relit chaque message que l'agent s'apprête à envoyer. Identifiants, numéros complets de carte ou de compte et pièces d'identité ne partent jamais, même si vous le demandez ; santé et finances, seulement avec votre accord. Anthropic reconnaît que ces filtres peuvent encore laisser passer une donnée sensible.
Source : Anthropic, « Claude Duet: safety, privacy and security », 23 octobre 2026 ; et présentation de Claude Duet, 21 octobre 2026 ; fonctionnement décrit par l'éditeur, agent en test (« research preview »). Fiabilité B.
- 01Avec l'IA, des apprentis réussissent des tâches au-delà de leur formation, sans moins bien les comprendre : l'IA n'augmente pas seulement les compétences, elle les élargit.
- 02La moitié des messages Slack viennent d'applications et d'agents : la part du travail produite par des agents devient un indicateur à suivre, dans Slack, Teams ou le CRM.
- 0386 % des avocats ont un outil d'IA, mais 3 % au plus la laissent travailler seule ; dans les entreprises, près d'une direction juridique européenne sur trois confie déjà à ses juniors un travail plus stratégique.
- ?Claude ne filtre pas ce que vous lui écrivez : seul son agent Duet, encore en test, tient mots de passe et numéros de carte à l'écart du modèle.
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