L'IA peut déjà réaliser 62 % du travail d'un comptable
Sur 160 tâches de clôture mensuelle préparées par des comptables expérimentés, le meilleur modèle d'IA remplit déjà 62 % des critères, contre 56 % fin juillet. Et aussi cette semaine : dès aujourd'hui, les salariés d'Anthropic prêtent bien plus de capacités à l'IA que les Américains ; près d'un développeur sur trois passe 4 heures par jour avec l'IA ; 85,7 % des salariés de Singapour l'utilisent ; et ChatGPT ne lit plus forcément tout ce que vous pouvez lire.
Pour savoir ce que l'IA fera demain, regardez ceux qui l'utilisent le plus aujourd'hui
Pour anticiper l'usage de l'IA dans les organisations de demain, le plus simple est de regarder les plus avancées aujourd'hui. C'est ce que nous faisons chaque mois : nous comparons le nombre de messages envoyés à l'IA dans les plus de 10 000 licences que nous gérons pour nos clients avec l'usage chez Mister IA, où nous sommes de très gros utilisateurs. L'écart donne la marge de progression. Anthropic, l'éditeur de Claude, applique la même logique : en août, il a posé les mêmes questions à 10 980 Américains et à 1 334 de ses salariés.
Le premier écart porte sur aujourd'hui. L'IA sait-elle déjà faire ces tâches aussi bien qu'un professionnel ? Pour la gestion des emails, 86 % des salariés d'Anthropic répondent oui, contre 53 % des Américains ; pour la tenue de la comptabilité, 58 % contre 41 % ; pour la rédaction de contrats, 52 % contre 34 %. L'écart disparaît sur les tâches les plus difficiles, comme publier une étude scientifique (25 % contre 24 %) : ceux qui travaillent toute la journée avec l'IA voient surtout mieux ce qu'elle fait déjà dans le travail de bureau.
Cet écart se prolonge dans les anticipations. En 2030, 96 % des salariés d'Anthropic voient l'IA gérer les emails seule ou avec un salarié qui vérifie, contre 66 % des Américains ; sur leur propre métier, l'IA pourrait faire 75 % de leur travail actuel, contre 28 % selon les Américains qui ont un emploi. Et ce qui fait la différence, c'est l'usage : parmi les Américains qui utilisent l'IA régulièrement au travail, 56 % pensent qu'elle saura faire au moins sept des huit tâches testées d'ici 2030, contre 28 % de ceux qui ne l'ont jamais essayée.
Les salariés d'un laboratoire d'IA ne sont pas neutres. Mais Anthropic en tire une conclusion simple : les attentes du public se rapprocheront des leurs à mesure que l'usage se diffusera.

Source : S. Sacher, T. Cotter, C. I. Jones, A. Korinek et P. McCrory (Anthropic Institute), « The AI expectations gap », 16 octobre 2026 ; 10 980 adultes américains (Morning Consult, panel en ligne pondéré, 11-23 août 2026, questions sur 2030 posées à la moitié des répondants) et 1 334 salariés d'Anthropic (sondage interne non pondéré, 9-12 août 2026) ; valeurs des figures 1 et 3 lues sur les graphiques du rapport. Déclaratif. Fiabilité B.
L'IA peut déjà réaliser 62 % du travail d'un comptable
Comment savoir ce que l'IA sait vraiment faire dans un métier ? En la mettant au travail et en faisant noter le résultat par des professionnels. C'est le métier de Mercor, start-up de San Francisco fondée en 2023 et valorisée 10 milliards de dollars, qui fournit aux laboratoires d'IA plus de 300 000 experts pour entraîner et évaluer leurs modèles. Elle publie l'APEX, un indice de productivité de l'IA, métier par métier. Le dernier porte sur la comptabilité, construit avec Ramp, la fintech américaine des cartes de paiement et des notes de frais.
Plus de 40 comptables expérimentés, dont plus de la moitié passés par les Big Four, ont créé dix entreprises fictives arrêtées en fin de mois, avec leur logiciel comptable, leurs relevés bancaires et leurs factures, puis 160 tâches de clôture : rapprocher un compte, vérifier une immobilisation, passer une écriture. L'IA reçoit une consigne courte, sans méthode, doit trouver ses pièces elle-même, et chaque réponse est notée sur 14 critères en moyenne.
Le meilleur modèle, Claude Opus 5.5 d'Anthropic, remplit 61,8 % des critères, devant Claude Fable 5.1 (61,0 %) et GPT-6 Astra d'OpenAI (57,9 %) ; fin juillet, le meilleur en était à 56,4 %. Mais remplir 62 % des critères n'est pas réussir 62 % des tâches : 58 % des tâches n'ont jamais été entièrement réussies, par aucun modèle. Sept échecs sur dix viennent d'un raisonnement fautif : le modèle repère un écart, puis l'oublie dans l'écriture finale. L'IA prépare déjà une bonne partie de la clôture ; elle ne la signe pas encore. Mercor note aussi le travail des juristes d'entreprise : nous y reviendrons dans une prochaine lettre.

Sources : Mercor et Ramp, APEX-Accounting, classement (« leaderboard »), consulté le 18 octobre 2026 ; 160 tâches dans 10 entreprises fictives, 2 186 critères de notation écrits par plus de 40 comptables, notation par un modèle juge d'accord à 97 % avec les experts ; score moyen sur trois essais, intervalle de confiance d'environ ±4 points. Test en conditions simulées. Fiabilité B. · J. Kern, A. Bennett, R. Stevens, J. Benchek et B. Vidgen (Mercor), « Introducing the AI Productivity Index for Accounting », 31 juillet 2026.
À Singapour, où Anthropic vient d'ouvrir un bureau, 85,7 % des salariés interrogés par le ministère du Numérique disent utiliser l'IA au travail en 2026, contre 77,6 % un an plus tôt. Et les entreprises suivent. Singapour est quatrième, derrière le Danemark, la Finlande et la Suède, avec près de deux fois plus d'entreprises utilisatrices que la France. Selon l'Anthropic Economic Index, c'est aussi le deuxième pays sur 121 pour l'usage de Claude rapporté à sa population, près de six fois ce que sa taille laisserait attendre. Seule ombre : 36,7 % des salariés ont suivi une formation à l'IA dans l'année, alors que plus des deux tiers disent en avoir besoin.
Près d'un développeur sur trois passe déjà 4 heures ou plus par jour avec l'IA
On mesure beaucoup le temps que l'IA fait gagner, et cette lettre s'en fait souvent l'écho. On mesure beaucoup moins le temps que l'on passe avec elle. Les premières données arrivent, à commencer par les plus gros utilisateurs : les développeurs. Stack Overflow, le site de questions-réponses de référence du métier, a publié le 6 octobre son enquête annuelle : 30 903 réponses dans 169 pays, recueillies de juin à août.
Parmi les 10 926 développeurs qui ont dit combien de temps ils passent avec l'IA, 30,9 % y consacrent 4 heures ou plus par jour, une demi-journée de travail, et 80 % au moins une heure. L'IA ne se contente plus de répondre à des questions : elle écrit, teste et corrige le code avec eux. Claude Code (66 %) et GitHub Copilot (59 %) sont les agents de code les plus utilisés.
Chez les adolescents, rien à voir : selon les premières données publiées par OpenAI le 7 octobre, ils passent en moyenne moins de 15 minutes par jour sur ChatGPT, et moins de 2 % y restent plus de trois heures d'affilée. Des chiffres internes, sans méthode publiée, mais le signe que l'on commence à compter le temps passé, et plus seulement les utilisateurs. Précaution de lecture : l'enquête de Stack Overflow repose sur des volontaires, et son questionnaire a changé cette année : pas de comparaison possible avec 2025.

Sources : Stack Overflow, Developer Survey 2026 (section IA), 6 octobre 2026 ; 30 903 réponses valides de volontaires, 169 pays, 23 juin-5 août 2026 ; temps d'usage : 10 926 réponses. Déclaratif, non représentatif. Fiabilité B. · OpenAI, « Helping teens learn, plan, and shape the future of AI », 7 octobre 2026 ; comptes ChatGPT des moins de 18 ans, chiffres internes sans méthode ni période publiées. Fiabilité C.
ChatGPT peut-il lire tous les documents auxquels j'ai accès ?
Plus forcément. Pour retrouver une procédure ou résumer des échanges, ChatGPT se branche sur les outils de l'entreprise : Google Drive, SharePoint, Teams, Outlook. Jusqu'ici, dans ChatGPT Enterprise, l'administrateur pouvait faire copier et indexer à l'avance une partie des contenus : les « connecteurs synchronisés ». OpenAI les a arrêtés le 16 octobre. ChatGPT interroge désormais l'outil au moment de la question, avec les droits de la personne qui la pose.
La nouveauté qui compte pour un DRH ou un DSI : l'entreprise peut maintenant aller plus loin que ces droits. Dans les réglages « Safety & Security Controls » de chaque application, l'administrateur peut limiter Google Drive à certains dossiers partagés, choisir les équipes Teams accessibles et exclure d'Outlook les emails qui portent certaines étiquettes de confidentialité Microsoft. Un manager peut lire un email sur un licenciement en cours ; s'il porte une étiquette exclue, ChatGPT ne le récupérera pas, même à sa demande. Le système ne devine pas ce qui est sensible : il suit les étiquettes. Une nouvelle page « External access » permet aussi de voir et de couper les applications extérieures qui se servent des comptes ChatGPT des salariés.
Sources : OpenAI Help Center, « ChatGPT Enterprise and Edu release notes », entrées du 16 octobre 2026 (fin des connecteurs synchronisés, contrôles de contenu, page External access). · OpenAI Help Center, « Admin controls, security, and compliance in apps », consulté le 18 octobre 2026.
- 0186 % des salariés d'Anthropic pensent que l'IA gère déjà les emails aussi bien qu'un professionnel, contre 53 % des Américains, et l'écart se prolonge pour 2030. Plus on utilise l'IA aujourd'hui, plus on lui confie de travail demain.
- 02Sur 160 tâches de clôture comptable, le meilleur modèle d'IA remplit 62 % des critères fixés par des comptables expérimentés, plus de cinq points de mieux qu'en juillet. Mais 58 % des tâches n'ont jamais été entièrement réussies.
- 03Près d'un développeur sur trois passe 4 heures ou plus par jour avec l'IA, et quatre sur cinq au moins une heure. Les adolescents, eux, passent en moyenne moins de 15 minutes par jour sur ChatGPT.
- ?Dans ChatGPT Enterprise, l'entreprise peut désormais empêcher ChatGPT de lire des contenus auxquels le salarié a pourtant accès, à condition de les avoir étiquetés.
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