Mister IAL'Observatoire
La lettre · N° 7

Vers 100 % de taux d'équipement ?

Dimanche 25 octobre 2026 · 7 minutes de lecture

Uber donne ChatGPT à ses 30 000 salariés, Accenture Copilot à 743 000 : quelques entreprises commencent à équiper tout leur effectif. Chez nos clients, le taux d'équipement a doublé en neuf mois, de 9,8 % à 19,0 %. Et aussi cette semaine : quand l'IA prend les leads froids, les commerciaux ne vendent pas plus ; Copilot est utilisé par 95 % des banques américaines interrogées, Claude et ChatGPT suivent ; 32 % des organisations ont renoncé à acheter un logiciel qu'elles pouvaient construire avec l'IA ; et Claude sur Google Cloud, sans option européenne.

01 · Chine

Les meilleurs leads aux commerciaux, les autres à l'IA : pourquoi les ventes n'ont pas suivi

Vos commerciaux passent-ils trop de temps sur des leads qui n'achèteront jamais ? Une plateforme chinoise d'assurance santé en ligne, qui rappelle chaque jour les clients ayant abandonné un achat sur son site, a tranché en 2024 : elle partage les leads entre ses commerciaux et l'IA selon leur qualité. Les leads chauds, ceux des clients allés jusqu'à la page de paiement, vont aux commerciaux ; les leads froids à un agent vocal d'IA, qui appelle et relance seul. C'est une façon intelligente de répartir les rôles : l'humain là où il rapporte le plus, l'IA sur le reste.

Six chercheurs ont étudié plus de 560 000 appels autour de ce changement. Le résultat est contre-intuitif : les commerciaux, qui reçoivent pourtant de meilleurs leads, ne vendent pas plus. Sur les leads chauds, ils en concluent même un peu moins qu'avant : 3,7 % contre 4,4 %.

L'explication est humaine. Un commercial qui ne reçoit presque plus que des leads chauds sait qu'il en arrivera d'autres toute la journée : chaque lead compte moins. Il le rend plus vite à la file commune (plus d'un lead sur cinq, contre un sur sept avant) et raccourcit ses appels. C'est le matin, quand la journée lui promet le plus de bons leads, que l'effet est le plus fort.

C'est un exemple très commercial, mais la leçon vaut pour tous les métiers : quand l'IA prend une partie du travail, les humains changent leur façon de faire le reste. Il y a de la conduite du changement à faire, pour apprendre à travailler dans un monde où l'IA est toujours une alternative. L'étude est un document de travail, pas encore relu par d'autres chercheurs.

Source : X. Fu, S. Luo, N. Ramasubbu, P. Shen, X. Wang et Y. Wang, « When Better Opportunities Backfire: Service Worker Responses to Parallel AI Deployment in Customer Acquisition », arXiv 2610.25603, septembre 2026 ; 409 622 appels de commerciaux et 157 468 appels de l'IA, 60 jours avant et après le 28 août 2024, plateforme chinoise de courtage en assurance santé en ligne (anonymisée) ; effets estimés par régression sur discontinuité dans le temps. Document de travail non relu. Fiabilité B.

02 · Monde · France

Vers 100 % de taux d'équipement ?

Le 22 octobre, Uber a annoncé donner ChatGPT à ses plus de 30 000 salariés, après un pilote sur 1 000 personnes. La veille, Microsoft annonçait que Volkswagen avait équipé de Copilot plus de 330 000 salariés, soit la moitié du groupe. Quelques entreprises commencent à parler non plus de tests, mais de tous leurs salariés.

Accenture déploie Copilot auprès d'environ 743 000 personnes, 95 % de son effectif ; EY auprès de ses plus de 400 000 salariés ; KPMG donne Claude et Copilot à ses 276 000 salariés ; Fujitsu, Claude à environ 100 000. Dans la banque, BBVA a ouvert ChatGPT à ses 120 000 salariés et Commonwealth Bank of Australia à toute l'entreprise. Beaucoup sont des objectifs sans date de fin, et les cabinets de conseil équipent aussi leurs salariés pour vendre ensuite ces outils à leurs clients.

Ces annonces restent des exceptions. La plupart des entreprises n'ont équipé qu'une petite partie de leurs salariés. Nous le mesurons chez nos clients licences. Chez ceux qui étaient déjà équipés en janvier, le taux d'équipement, c'est-à-dire le nombre de licences d'IA payantes rapporté à l'effectif total, était alors de 9,8 %. Il atteint 19,0 % fin octobre : il a doublé en neuf mois.

On est loin des 100 %, mais la pente est nette : une fois les premières licences en place, les entreprises élargissent. Reste à faire en sorte que les salariés équipés s'en servent vraiment.

Taux d'équipement des clients licences de Mister IA déjà équipés en janvier (licences d'IA payantes rapportées à l'effectif total), janvier à octobre 2026 : de 9,8 % à 19,0 %

Sources : Panel Mister IA, taux d'équipement des clients licences, licences d'IA payantes rapportées à l'effectif total, moyenne des clients déjà équipés en janvier 2026, de janvier au 25 octobre 2026 ; données mesurées. Fiabilité A-. · OpenAI, « Uber déploie ChatGPT Work pour tous ses employés avec OpenAI », 22 octobre 2026. · Microsoft, « Microsoft empowers more than 330,000 Volkswagen Group employees with Copilot », 21 octobre 2026 ; effectif du groupe : 662 942 salariés fin 2025 (rapport annuel). · Microsoft, « Accenture is rolling out Copilot to a workforce the size of Denver », 27 avril 2026. · EY et Microsoft, annonce d'une initiative mondiale (déploiement de Copilot à l'ensemble des salariés), 21 mai 2026. · Anthropic, « KPMG integrates Claude across its workforce », 19 mai 2026 ; et Microsoft, KPMG, 9 juin 2026. · OpenAI, « BBVA collaboration expansion », 12 décembre 2025. · Fujitsu, « Fujitsu signs strategic partnership with Anthropic », 27 mai 2026. · OpenAI, « Commonwealth Bank of Australia », 9 décembre 2025. Annonces d'entreprises et d'éditeurs. Fiabilité B.

Le chiffre de la semaine
32%

32 % des répondants à l'enquête mondiale de McKinsey sur l'IA disent que leur organisation a renoncé à acheter au moins un logiciel ou une fonction, parce qu'elle pouvait la construire elle-même avec des agents de code. C'est le chiffre qui donne corps à la « SaaSpocalypse » : depuis l'hiver, les marchés surnomment ainsi la chute des actions des éditeurs de logiciels par abonnement, par crainte que leurs clients construisent eux-mêmes leurs outils avec l'IA. Trois chercheurs de l'université de l'Utah tempèrent : la durée des tâches que les meilleurs agents de code savent mener à bien double environ tous les quatre mois, mais les achats de logiciels ne baissent pas encore dans les chiffres d'investissement américains. Et l'enquête ne dit ni combien d'argent a été économisé, ni si les outils construits tiennent la route.

Source : R. C. Malo, Z. Yu et T. Qiu (université de l'Utah), « The Customer Is the Builder: How AI Coding Agents Are Rewriting the Economics of Software », arXiv 2610.30307, 21 octobre 2026 ; document de travail non relu. · McKinsey, « The state of AI in 2026: On the road to ROI », 25 août 2026 ; 1 719 répondants dans 97 pays, 4 mai-8 juin 2026, pondérés par le PIB des pays. Déclaratif. Fiabilité B. · Betterment, « How AI is disrupting software stocks in 2026 », mai 2026 (sur la « SaaSpocalypse »).
03 · États-Unis

Dans les banques américaines, Copilot partout, Claude et ChatGPT en challengers

Bank Director, le magazine des conseils d'administration des banques américaines, publie chaque année une enquête sur la technologie. L'édition 2026, financée par l'éditeur de logiciels bancaires Jack Henry, a interrogé en juin et juillet 136 dirigeants et administrateurs de banques de moins de 100 milliards de dollars d'actifs : des banques régionales et locales, pas les géants comme JPMorgan. 72 % de ces banques utilisent déjà l'IA générative, 30 % des agents d'IA.

Côté outils, Microsoft écrase la concurrence : 95 % des dirigeants citent Copilot. C'est l'effet de Microsoft 365, déjà installé partout ; l'enquête ne dit pas s'il s'agit de la version gratuite, intégrée à la messagerie, ou des licences payantes. Derrière, Claude (26 %) devance ChatGPT (22 %), puis Gemini (11 %) : le deuxième outil, celui qu'une équipe choisit en plus de Copilot, se joue entre Anthropic et OpenAI.

Les usages restent surtout internes : opérations (80 %), marketing (73 %), conformité (66 %), crédit (49 %) ; le service client ne vient qu'ensuite (29 %). Les banques qui n'ont pas encore commencé citent d'abord le manque de compétences (65 %) et le risque réglementaire (59 %). Une enquête sur un petit échantillon, sur des choix multiples : à lire comme un ordre de grandeur.

Outils d'IA générative utilisés par leur banque, selon 136 dirigeants de banques américaines de moins de 100 milliards de dollars d'actifs (Bank Director, juin-juillet 2026) : Microsoft Copilot 95 %, Claude 26 %, ChatGPT 22 %, Gemini 11 %, autres 6 %

Source : Bank Director, « 2026 Technology Survey », sponsorisé par Jack Henry, septembre 2026 ; 136 administrateurs et dirigeants (directeurs généraux, directeurs des opérations, de la technologie) de banques américaines de moins de 100 milliards de dollars d'actifs, juin-juillet 2026 ; choix multiples, base de la question non précisée. Déclaratif. Fiabilité B-.

La question sécurité de la semaine

Acheter Claude sur Google Cloud garantit-il que nos données restent en Europe ?

Pas avec la nouvelle offre. Depuis le 22 octobre, une entreprise peut acheter l'API Claude complète depuis son compte Google Cloud : mêmes identifiants, même facture, même engagement de dépense. Mais dans cette offre « gérée par Anthropic », c'est Anthropic qui fait tourner le service sur ses propres serveurs, qui peuvent être hors de Google Cloud, et qui traite les données, sous ses propres conditions. Le calcul se fait soit « partout dans le monde » (par défaut), soit aux États-Unis, et les données conservées sont stockées aux États-Unis. Aucune option européenne.

Pour garder les données en Europe, il faut l'autre offre, Claude « géré par Google » sur la plateforme d'IA de Google Cloud. Google y est le seul sous-traitant, le service tourne dans la région choisie, européenne comprise, avec les protections habituelles de Google Cloud, comme les clés de chiffrement gérées par le client. En contrepartie, les nouveautés de Claude n'y arrivent pas toujours le jour même. Deux offres au nom presque identique, deux niveaux de garantie très différents.

Le geste à faire
Avant de signer « Claude sur Google Cloud », demander par écrit laquelle des deux offres est proposée : si les données doivent rester en Europe, seule l'offre gérée par Google, dans une région européenne, convient.

Sources : Google Cloud, « Use Claude models on Google Cloud (Anthropic managed) », consulté le 25 octobre 2026. · Anthropic, documentation « Data residency », consultée le 25 octobre 2026.

À retenir cette semaine
  1. 01Quand l'IA prend les leads froids, les commerciaux reçoivent de meilleurs leads mais en prennent moins soin : ils ne vendent pas plus. Travailler à côté d'une IA, ça s'apprend.
  2. 02Quelques entreprises, comme Uber ou Accenture, équipent déjà tous leurs salariés. Chez nos clients, le taux d'équipement a doublé en neuf mois, de 9,8 % à 19,0 % : on est encore loin des 100 %.
  3. 03Dans les banques régionales américaines, Copilot est partout (95 %) ; pour le deuxième outil, Claude (26 %) devance ChatGPT (22 %).
  4. ?Claude acheté sur Google Cloud n'offre pas les mêmes garanties selon l'offre : la version gérée par Anthropic n'a aucune option européenne.