Les accords d'entreprise sur l'IA doublent chaque année
Le dialogue social s'est mis à l'IA : environ 115 accords en 2024, 215 en 2025. Et aussi cette semaine : un utilisateur d'IA sur trois s'en sert à l'insu de son employeur, plus on utilise l'IA plus on l'utilise hors de son métier, et 96 % des stagiaires en droit ont utilisé l'IA cet été.
Un utilisateur d'IA sur trois s'en sert à l'insu de son employeur
Deloitte a interrogé 25 000 actifs britanniques de 18 à 70 ans, salariés et indépendants, entre le 7 mai et le 10 juin 2026. 63 % utilisent l'IA générative pour leur travail, 24 % tous les jours. Parmi ces utilisateurs, 31 % le font sans que leur employeur le sache, et 17 % paient au moins un outil de leur poche : 958 millions de livres par an à l'échelle du pays, selon l'estimation de Deloitte.
Le détail des outils explique le phénomène. 46 % des utilisateurs passent par des outils gratuits, 34 % par des outils externes payés par l'employeur, 17 % par des outils internes. Autrement dit, l'entreprise a fourni un outil à moins d'un utilisateur sur deux ; les autres se sont servis. La moitié n'ont reçu aucune formation formelle, 65 % jugent que leurs dirigeants ne donnent pas de ligne claire sur l'usage de l'IA, et 64 % des utilisateurs hebdomadaires craignent que leur manager conclue que l'IA peut faire leur travail.
La France n'est pas différente. En février 2026, 61 % des salariés français utilisateurs d'IA passaient par un outil grand public que l'entreprise n'avait pas fourni, contre 19 % par un outil fourni (KPMG France / ViaVoice, 1 000 salariés du privé). Et 28 % des actifs utilisateurs emploient leurs propres outils sans forcément en informer leur employeur (Ipsos pour Jedha, 2025). L'usage caché n'est pas une faute des salariés : c'est le signe d'une offre absente.

Sources : Deloitte UK, GenAI Workforce Survey 2026, 25 000 actifs de 18 à 70 ans, échantillon représentatif, terrain Ipsos UK du 7 mai au 10 juin 2026, publié le 16 septembre 2026. Déclaratif. Fiabilité B. · KPMG France / ViaVoice, Observatoire de l'IA responsable en entreprise 2026, 1 000 salariés du privé, février 2026. Fiabilité B. · Ipsos pour Jedha, 1 000 actifs, mai-juin 2025. Fiabilité B.
Plus on utilise l'IA, plus on l'utilise hors de son métier
OpenAI a analysé plus de 1,5 million de messages professionnels envoyés sur ChatGPT par des utilisateurs américains entre avril et juillet 2026, en rapprochant chaque message des tâches propres au métier déclaré de l'utilisateur. Une partie des demandes relève de son métier ; une autre porte sur les tâches d'un autre métier : un commercial qui pose une question juridique, un juriste qui rédige une offre commerciale. OpenAI appelle cela le « task crossover ».
Chez les quelque 6 200 utilisateurs suivis pendant les quatre mois, la part des tâches hors métier, une fois qu'elles ont été essayées, ne cesse de grandir : 13,1 % de leurs demandes liées à un métier en avril, 20,5 % en mai, 24,0 % en juin, 25,9 % en juillet. Un utilisateur qui a fait une tâche hors métier un mois donné la refait le mois suivant dans 23,6 % des cas, contre 8,4 % pour un utilisateur comparable qui ne l'avait pas faite. Ces demandes sont formulées autrement : plus courtes, de 20 caractères en moyenne, avec moins de demandes d'explication et plus de vérifications. On emprunte l'expertise, on ne l'apprend pas.
Toutes les tâches ne s'installent pas. Parler produits avec un client (54 % de reprise le mois suivant), rédiger une publicité (44 %) ou un support marketing (37 %) deviennent des habitudes ; expliquer une information financière (15 %) ou faire une recherche juridique (10 %) restent occasionnels. Une réserve : ces utilisateurs sont assidus et disposent d'un compte ChatGPT Business, ils ne représentent pas l'ensemble des actifs américains.

Source : OpenAI Economic Research, « Work at the Frontier: How workers are unlocking new ways of working », 16 septembre 2026, plus de 1,5 million de messages professionnels ChatGPT d'utilisateurs américains, avril à juillet 2026, métiers d'après la nomenclature O*NET ; données d'usage d'un éditeur, échantillon non représentatif. Fiabilité B.
C'est la part des stagiaires d'été des cabinets d'avocats américains qui ont utilisé l'IA pendant leur stage en 2026. Ils étaient 80 % en 2025 (Law360 Pulse, 486 stagiaires interrogés entre le 1er juillet et le 18 août 2026). Dans les cabinets de plus de 1 000 avocats, 99 %. 87 % disent que leur cabinet les y a encouragés, 9 % que c'était obligatoire, 1 % que c'était déconseillé ou interdit. 97 % des utilisateurs s'en sont servis pour la recherche et l'analyse juridiques, et moins d'un stagiaire sur cinq s'inquiète pour son avenir professionnel. Le droit, métier de texte, forme désormais ses juniors avec l'IA dès le stage.
Les accords d'entreprise sur l'IA doublent chaque année
Trois chercheurs du Centre d'études de l'emploi et du travail (Cnam) ont passé au crible les 377 732 accords d'entreprise publiés sur Légifrance entre septembre 2017 et février 2026. 593 mentionnent l'intelligence artificielle : un peu plus d'un accord sur mille sur la période. Mais la courbe a changé de pente. Une cinquantaine d'accords par an entre 2021 et 2023, environ 115 en 2024, environ 215 en 2025 : le nombre double chaque année depuis ChatGPT, alors que le nombre total d'accords signés recule, de 52 000 en 2022 à moins de 39 000 en 2025. Rapporté au total, on passe d'un accord sur mille en 2022 à un sur 180 en 2025.
Ce que ces accords disent a changé aussi. Avant 2020, l'IA apparaît dans des listes, à côté du big data et de la robotique, dans des accords de GPEC signés par de grandes entreprises de l'information, de la finance et de l'industrie. Pendant la pandémie (133 accords entre 2020 et 2022, près du triple de la période précédente), elle arrive par le télétravail et le contrôle des salariés à distance. Depuis 2023, elle devient un objet à part entière : 82 % des occurrences de l'expression « intelligence artificielle » sont postérieures au lancement de ChatGPT, et des accords de méthode organisent une régulation progressive des usages, comme le comité de suivi IA créé chez AXA France en novembre 2024.
Le prisme reste l'emploi : 40 % des accords mentionnant l'IA traitent d'emploi et de compétences (GEPP-GPEC), contre 5 % de l'ensemble des accords, et les conditions de travail réelles restent largement absentes. Le secteur de l'information pèse 18 % des accords IA, contre 4 % de tous les accords ; la finance 15 %, contre 6 %.

Source : N. Greenan, S. Napolitano, J. Pillosio, « Négocier l'intelligence artificielle ? », CEET (Cnam), document de travail n° 220, septembre 2026 ; 377 732 accords publiés sur Légifrance du 1er septembre 2017 au 24 février 2026, fouille de textes ; valeurs annuelles lues sur la figure 1, arrondies ; les accords signés fin 2025 ne sont pas tous encore publiés. Fiabilité A.
- 01Un utilisateur d'IA sur trois se cache de son employeur, un sur six paie l'outil lui-même. Quand l'entreprise ne fournit ni outil, ni règle, ni formation, l'usage existe quand même, sans elle. Fournir l'outil, c'est le premier moyen de voir ce que les salariés en font.
- 02L'IA élargit les métiers de l'intérieur. En quatre mois, la part des tâches hors métier double chez les utilisateurs réguliers, et ce sont les tâches commerciales qui s'installent. Pour un DRH, la fiche de poste bouge avant l'organigramme.
- 03L'IA est entrée dans le dialogue social par la porte de l'emploi et des compétences, au rythme d'un doublement par an. Un accord sur 180 en 2025, c'est encore peu ; mais un DRH qui négocie en 2026 sans clause IA sera vite en retard sur ses pairs.
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