Mister IAL'Observatoire
Les analyses · Tribune

Maîtriser l'IA pour être employable, offrir l'IA pour être attractif

11 octobre 2026 · 5 minutes de lecture

Tout le monde a compris qu'il fallait maîtriser l'IA pour rester employable. Beaucoup moins d'entreprises ont compris que la règle vaut aussi dans l'autre sens : il faut offrir un environnement AI-friendly pour attirer les talents.

D'abord, une évidence : maîtriser l'IA pour rester employable

Il y a vingt ans, on écrivait « maîtrise du Pack Office » en bas de son CV. L'IA prend le même chemin, en beaucoup plus rapide. Selon le baromètre mondial de PwC publié en juin 2026, qui a analysé plus d'un milliard d'offres d'emploi, les annonces qui demandent des compétences en IA progressent huit fois plus vite que le marché (69 % contre 9 %).

Chez Mister IA, nous le voyons chez nos clients. Les entreprises qui ont formé des centaines de collaborateurs ne veulent pas recommencer à zéro à chaque embauche : elles veulent que le commercial ou la juriste qu'elles recrutent sache déjà se servir de la machine en arrivant.

Les salariés l'ont compris aussi. Ils étaient 150 à acheter une formation à l'IA avec leur CPF en 2023, sur toute l'année. En septembre 2026, ils ont été environ 2 500 en un seul mois.

Les formations à l'IA payées avec le CPF ont décollé en 2025
Environ 120 fois plus de formations sur les neuf premiers mois de 2026 que sur toute l'année 2023
Formations à l'IA vendues sur MonCompteFormation, par an · août et septembre 2026 estimés

Caisse des dépôts, données ouvertes MonCompteFormation, traitement Mister IA · 2023 à juillet 2026 ; août et septembre 2026 estimés par Mister IA

Cela reste moins de 2 % des dossiers CPF, et nous sommes encore loin du compte. Mais la direction est claire.

Ensuite, ce qu'on voit moins : offrir l'IA pour être attractif

Prenons le problème par l'autre bout. De plus en plus de candidats arrivent avec l'habitude de travailler avec l'IA, prise dans leur poste précédent ou pendant leurs études : six étudiants et jeunes diplômés sur dix s'en servent chaque jour, selon le baromètre Ipsos bva pour SKEMA et EY de février 2026. Ces candidats vont regarder ce que l'entreprise leur met entre les mains, et deux choses vont compter.

L'équipement d'abord. Y a-t-il un outil ? Seuls 45 % des salariés du privé disent que leur entreprise en a officiellement déployé un, selon l'observatoire Ipsos bva pour Greenworking publié en septembre. Lequel ? Un assistant développé en interne ne vaut pas la version payante de Claude, de ChatGPT ou de Copilot. Combien peut-on s'en servir ? Celui qui travaillait sans compter supportera mal un quota épuisé en milieu d'après-midi. À quoi est-il branché, enfin ? Le commercial qui demandait à son IA de préparer une proposition à partir du CRM n'acceptera pas de recopier ses fiches clients à la main. Même chose pour le contrôleur de gestion dont l'IA lisait directement l'ERP, ou pour le comptable dont elle était branchée sur le logiciel de comptabilité.

La culture ensuite. L'entreprise encourage-t-elle l'usage de l'IA, ou se contente-t-elle de le tolérer ? Forme-t-elle ses équipes à s'en servir ? Concrètement, la culture, c'est le manager qui s'en sert lui-même devant son équipe, les exemples que l'on partage entre collègues et le temps que l'on laisse pour apprendre.

En croisant les deux, on obtient quatre types d'entreprises.

Les entreprises avec des outils d'IA et une culture d'IA vont attirer et garder les talents
fortÉquipement IA · qualité de l'outil, branchementsfaible
Risque de turnover
Attire uniquement les profils déjà autonomes sur les outils, qui repartiront faute de culture.
Attractivité : moyenne
Rétention : faible
L'aimant à talents
Les candidats viennent pour les outils et restent parce qu'ils progressent dans leur usage de l'IA.
Attractivité : forte
Rétention : forte
Hors jeu
Ni outils ni accompagnement : l'entreprise n'attire pas les talents et ne retient pas ceux qu'elle a.
Attractivité : faible
Rétention : faible
La frustration
Faute d'outils, les candidats ne viennent pas, et ceux qui sont là sont frustrés par l'écart entre culture et outils.
Attractivité : faible
Rétention : moyenne
faibleCulture IA · usage encouragé, formationforte

Matrice Mister IA · culture IA × équipement IA, quatre profils d'entreprises

Avec de bons outils mais sans accompagnement, on attire les profils déjà autonomes, sans réussir à les garder. Avec la culture mais sans les outils, on ne fait même pas venir les candidats, et ceux qui sont là finissent frustrés. Seules les entreprises qui ont les deux attirent et retiennent.

Cela rappelle le télétravail, devenu pour beaucoup de candidats un critère de choix. Selon l'Apec, huit cadres télétravailleurs sur dix seraient mécontents qu'on le leur retire, et la moitié d'entre eux iraient voir ailleurs. Je fais le pari que l'IA suivra le même chemin, et que les offres d'emploi préciseront bientôt l'outil d'IA fourni, comme elles affichent aujourd'hui les jours de télétravail.

Un défi, notamment pour les grands groupes

Ce défi va se poser à toutes les entreprises, mais d'abord aux grands groupes, qui prennent du retard sur l'équipement comme sur la culture. Les statistiques semblent pourtant dire l'inverse : selon l'Insee (juillet 2026), 58 % des entreprises de 250 salariés ou plus utilisent l'IA, contre 15 % de celles de 10 à 49 salariés. Mais ce chiffre compte les entreprises qui ont au moins un outil, pas les salariés qui en ont un bon.

Ce que nous voyons chez Mister IA est tout autre. D'abord, la part de salariés équipés d'une licence payante est plus faible dans les grands groupes qu'ailleurs, en partie à cause de leur taille et de la complexité de leurs systèmes informatiques. Ensuite, quand ils sont équipés, c'est souvent avec un assistant maison peu performant, ou avec la version gratuite de Copilot, qui ne rivalise pas avec les versions payantes de Claude ou de ChatGPT. Enfin, la culture suit mal : l'usage y est souvent encadré avant d'être encouragé, et l'on voit parfois des écarts se creuser d'une équipe à l'autre.

Un chargé d'affaires qui a travaillé deux ans dans une ETI de 500 personnes, avec Claude Team branché sur son CRM, ne rejoindra pas une grande banque pour y trouver un outil plafonné et coupé de tout. Ou il viendra, et utilisera son abonnement personnel en douce : seuls 37 % des utilisateurs s'en tiennent aux outils autorisés par leur entreprise, selon Ipsos bva pour Greenworking. En verrouillant pour protéger ses données, on finit par les exposer davantage.

Les DSI ont de bonnes raisons d'être prudents : une banque ou un hôpital ne confie pas ses données à n'importe qui. Mais cette prudence a un coût, et c'est la DRH qui le paiera, en postes qui restent vides. Le bras de fer entre RH et IT est ouvert, et les DRH ont tout intérêt à le mener.

Vincent Pavanello, co-fondateur de Mister IA

Sources

← Toutes les analyses